Finis Terrae, le roman de Bruxelles

6_FINIS TERRAEPour offrir à sa mère, exécutée 18 ans plus tôt, une sépulture digne et sûre, Jérôme de Meester, entreprend en 1615 de creuser une rue et d’y bâtir sa maison.  Anabaptiste en pleine Contre-Réforme, sa mère a été dénoncée et enterrée vive dans un terrain vague situé entre les deux enceintes de la ville.  Recueilli par un riche bourgeois, devenu adulte, il acquiert ces terrains et entreprend d’attirer dans ce quartier insalubre de Bruxelles, jouxtant la Senne, les riches bourgeois qui ne trouvent plus à se loger dans le haut de la ville.  Pour sa propre maison, il achète à prix d’or la parcelle où repose sa mère à celui qu’il pense être son dénonciateur, mais il met deux conditions à cette offre généreuse : épouser la fille du vendeur, ancien savetier qui n’a dû qu’à son zèle dénonciateur de devenir bedeau de Saint-Nicolas, et s’installer avec elle dans la grande maison que le très peu saint homme leur élèvera.  Trop heureux de tirer si grand profit de sa misérable propriété, et accessoirement de caser sa jeune moniale de fille, le bedeau accepte ce marché si singulier.

Sur cet argument, Nathalie Stalmans construit un magnifique roman qui, de celui de Jérôme, devient bientôt celui de sa maison et de ses occupants successifs, du début du 17e siècle au début du siècle suivant.  Dans cette maison double, habiteront de Meester, son épouse, et leurs descendants, mais aussi un drapier et sa progéniture dont il apparaitra bientôt qu’elle est en fait celle du véritable délateur…  Victimes et bourreaux cohabiteront sans le savoir dans cet étrange tombeau.  Ces derniers seront frappés pendant plusieurs générations d’une lourde malédiction.  Antigone et les Atrides sous le même toit…

Cette rue, la rue Neuve de Notre-Dame qui reliait les remparts du Fossé aux Loups à la porte de Laeken en bifurquant à hauteur de la chapelle du Finistère (Finis Terrae) n’est autre que l’actuelle rue Neuve.  Quant à la maison, elle est toujours visible aujourd’hui, dernière survivante de cette épopée urbanistique et funéraire.

S’appuyant sur des sources historiques (ce de Meester a réellement existé), Nathalie Stalmans brosse un tableau passionnant de Bruxelles au 17e siècle.  On y croise les Archiducs Albert et Isabelle, Jan Brueghel et David Teniers, on y fait la rencontre de gouverneurs espagnols, de magistrats serviles ou corrompus, de doyens et de syndics des corporations, de drapiers confrontés à l’arrivée des métiers mécaniques et en proie au déclin de leur industrie, et d’une foule de personnages, aubergistes, voyageurs, pèlerins, contrebandiers, comédiens, tous plus vrais que nature.  Beaucoup d’érudition dans ce roman, mais pas de celle qui accable, de celle qui libère au contraire et nous fait toucher l’épaisseur de l’Histoire.

Car habile romancière, Nathalie Stalmans est aussi docteure en Histoire et connaisseuse pointue du passé de Bruxelles.  Trois cartes en début de roman, une brève chronologie et quelques notices en fin de volume suffisent à nous repérer dans ce Bruxelles du 17e siècle, le talent de la romancière fait le reste et nous y plonge tout entier.

Les amoureux de Bruxelles apprécieront, les amoureux de littérature ne seront pas en reste.  Quant à nous, séduits par le projet, puis par le texte, nous avons voulu donner la parole à cette jeune auteure bruxelloise qui n’en est pas à son premier opus mais dont on attend désormais les suivants avec impatience.  Nathalie Stalmans sera à la Maison du Roi ce 7 décembre pour dédicacer son livre et proposer un visite insolite du Musée qui prolongera (ou introduira) cette passionnante lecture.

 
Dimanche 7/12

A 13h, 14h30, 16h : rencontre et dédicace avec l’auteur après chaque visite.
Entrée libre

Musée de la Ville de Bruxelles
Grand-Place 1000 Bruxelles
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