Bruxelles dans les yeux de Baudelaire

Plongé un an et demi dans la restauration minutieuse du carton de tapisserie de Pieter Coecke, le Musée de la Ville de Bruxelles rouvre à la rentrée son dernier étage aux expositions temporaires. Consacré à l’histoire de Bruxelles, le Musée a choisi pour sa prochaine exposition de partir sur les traces de Charles Baudelaire et, plus surprenant, de son inimitié pour Bruxelles et le Belgique. Baudelaire >< Bruxelles est à découvrir du 7 septembre au 11 mars.

A la fin de sa vie, en 1864, le célèbre écrivain français (1821-1867) s’installe à l’Hôtel du Grand miroir, à deux pas de la Grand-Place. Il y vivra deux ans. Une période d’amertume, de maladie et de dénuement qui amène l’auteur des Fleurs du Mal à écrire un pamphlet virulent et insolent, inachevé et non publié de son vivant, contre la Belgique et surtout Bruxelles, intitulé « Pauvre Belgique ! ». « La Belgique est une lourdaude qui veut inspirer des désirs » et « Tous les Belges, sans exception, ont le crâne vide » n’en sont que deux courts extraits que le musée a choisi de reprendre, avec une certaine audace et dose d’humour, sur les affiches de l’exposition.

Gênante, cette œuvre fit l’objet de peu d’études et d’expositions. Le Musée de la Ville de Bruxelles prend le pari d’explorer ce pamphlet et les écrits du poète datant de son séjour bruxellois pour partir à la découverte d’une autre histoire de la ville, avec Baudelaire pour guide. Diffamatoires, ces propos n’en donnent pas moins une description originale et précieuse de ce qu’était Bruxelles dans les années 1860. Pour tempérer la vision noire du poète et le réconcilier, 150 ans plus tard, avec Bruxelles, le Musée a fait appel à plusieurs personnalités plus ou moins proches de ce dernier à l’époque : Félix Nadar, Victor Hugo, les frères Stevens, Camille Lemonnier ou encore Georges Barral. L’exposition Baudelaire >< Bruxelles est aussi l’occasion de montrer plus de 250 œuvres fascinantes rarement présentées au public tels que les tableaux et esquisses de Jean-Baptise Van Moer, les photographies de Louis-Joseph Ghémar ou encore de Charles Neyt. La majeure partie est issue des collections des Musées et des Archives de la Ville de Bruxelles.

Des créations contemporaines d’Isabelle de Borgchrave et de Thierry Bosquet viennent compléter celles-ci. Afin de souligner les liens chaleureux existants entre Bruxelles et les Français, le Musée a invité l’Ambassadeur de France, Madame Claude-France Arnould, pour une conférence exceptionnelle. D’autres conférences, deux spectacles, des visites guidées et des balades enrichiront encore le programme. Celles-ci ne manqueront pas redorer l’image de Bruxelles et de nous réconcilier, si nous étions vexés, avec Baudelaire.

Situé sur la Grand-Place en face de l’Hôtel de Ville, le Musée de la Ville de Bruxelles reste méconnu des Bruxellois. Il retrace pourtant la grande et la petite histoire de leur ville. Ses collections comptent quelque 7.000 pièces dont de véritables trésors du patrimoine. Afin de donner à ses collections plus de rayonnement, l’Echevinat de la Culture a entamé un grand redéploiement de celles-ci depuis 2015. Ce dernier a déjà donné lieu à l’ouverture du nouveau musée consacré à la collection de costumes de Manneken-Pis et du réaménagement d’un espace au sein de la  Maison du Roi consacré à l’histoire de la fontaine. D’autres grands projets sont en cours ; nous ne manquerons pas de vous en parler dans cette newsletter.

Grand-Place
1000 Bruxelles
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(c) Charles Baudelaire, Atelier de NADAR. Médiathèque de l’Architecture et du Patrimoine Charenton le Pont © Ministère de la Culture – Médiathèque du Patrimoine Dist RMN-Grand

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