Le B.A.D, l’espace de création partagé au canal

Habituellement fermé au public, le Belgian Artistic Distric ou B.A.D lui ouvrira ses portes du 25 septembre au 5 octobre 2015. A cette occasion, les artistes Sébastien Reuzé, Nicolas Bourthoumieux, Douglas Eynon et le duo Erwan Mahéo & Gijs Milius exposeront, avec le soutien de la Fondation Boghossian, le travail qu’ils réalisent dans les ateliers du B.A.D. Situé 20 Quai de Willebroeck, ce lieu alternatif ouvrait en décembre dernier à l’initiative privée de Stéphanie Pécourt. Nous y organisions la conférence de presse du Kosmopolite Art Tour en juin dernier. Rencontre avec sa fondatrice.

« Pas une galerie, pas un centre d’arts, pas un lieu de résidence, pas un squat mais, mais… »

Comment est né le Belgian Artistic Distric ?

« On a contacté différentes entreprises afin de pouvoir mettre un espace vide à disposition d’un collectif d’artistes. AG REAL ESTATE y a répondu positivement et, à notre surprise, nous a permis d’occuper l’espace gratuitement. Il est pour l’instant vide et va être démoli. Le temps de l’inoccupation et de l’octroi du permis, on a pu y affecter une résidence d’artistes. C’est un espace optimal de 6000 m² par plateau sur deux étages. Plusieurs entreprises nous ont soutenus pour aménager les lieux. Ce sont des entreprises qui n’ont, au départ, pas de vocation à faire dans la culture, comme des entreprises de construction ou un bureau d’avocat. »

Qui occupe le B.A.D ?

« 58 artistes internationaux l’occupent aujourd’hui. On demande une contribution minime aux artistes sur le plan financier, 50 euros par mois pour occuper environ 120m² d’atelier. Vu que ce  n’est pas un lieu culturel public, on est pas tenu par des critères, de type communautaire par exemple. On peut donc faire l’apologie du rapprochement communautaire. On y retrouve donc beaucoup d’anciens étudiants de La Cambre, de Saint-Luc, de Sint-Niklaas, du K.A.S.K… Il y a des artistes visuels, des architectes, des sculpteurs… Ils viennent de Belgique, d’Angleterre, des Pays-Bas, des Etats-Unis, de France, d’Ukraine, d’Allemagne par exemple. Le B.A.D, c’est un indicateur de l’internationalisation de la scène bruxelloise. Ils sont tous issus du tissu culturel bruxellois. Les artistes sont venus d’emblée. Il n’y a pas eu de procédures, ce sont les réseaux qui ont fonctionné. Deux professeurs de La Cambre ont amené des gens et très vite l’ occupation a été optimale. Le seul critère est l’occupation permanente. L’artiste doit occuper son espace un maximum. Les ateliers sont de vrais espaces de travail. Ca n’est pas ouvert au public, sauf pendant les expositions. »

Quelle est la philosophie du projet ?

« On a eu la volonté de sortir du corporatisme et d’aller au-delà de la manière classique de travailler. On fait exploser les frontières. On travaille aussi en autogestion car ça ne marche pas si les gens ne s’investissent pas. L’objectif est que chacun s’implique. Ca repose sur une utopie, sur l’économie du peer-to-peer. C’est une volonté d’expérimenter une alternative dans la gestion d’un lieu culturel et de travailler ensemble. C’est un modèle de financement essentiellement privé et un modèle qui repose sur une autre politique d’institution culturelle. Sur chaque exposition, on doit trouver des budgets spécifiques, ça oblige les artistes à ne pas se reposer sur des rentes publiques. Cette exposition, c’est la Fondation Boghossian qui la finance essentiellement. On opte pour une démarche résolument entrepreneurial. »

Comment se monte une exposition dans un lieu occupé par 58 artistes ?

« On se réunit tous les 15 jours et on discute de ce qu’on veut faire en fonction des parcours de chacun. On fonctionne sur un mode participatif. Pour cette exposition, les 5 artistes ont voulu exposer ensemble et le projet a fait unanimité. Les artistes y présentent leurs univers respectifs. Les artistes ont en commun la radicalité dans leur démarche. Ce ne sont pas des punks mais ils ont tous un univers très marqué. Ils ont des choses à dire et veulent s’investir dans une alternative. Pour l’anecdote, il n’y a pas de chauffage. Pour travailler ici, il faut en vouloir. »

Occupation temporaire, que va devenir le B.A.D ?

« On peut rester jusqu’au commencement des travaux, prévus pour l’instant en janvier 2016. AG REAL ESTATE propose d’intégrer de l’art dans le futur projet immobilier. Faire appel aux artistes pour contribuer à la nouvelle construction, ça on avait pas encore vu, surtout des plasticiens dans des projets à vocation économique. Pour les entreprises et les artistes, c’est une redéfinition de leurs fondamentaux. En tant qu’entreprise, on ne peut plus faire que du pur business. Tout le monde a  besoin de légitimité, de se définir par ses valeurs. Je n’ai pas encore trouvé de lieu post B.A.D mais j’ai déjà des pistes sur Bruxelles. Mon rôle est de donner la direction et de faire que le projet soit viable. J’aimerais ouvrir un B.A.D aussi à Charleroi, contaminer les villes de B.A.D serait une  perspective alléchante. Il y a plein d’espaces vides à occuper et qui, de cette manière, sont entretenus. Il faut stimuler l’apport des entreprises aux bénéfices de la création artistique ».

Rendez-vous dès le 25 septembre au canal pour découvrir les quatre expositions présentées ainsi que ce lieu alternatif temporaire. Plus d’infos ici.

Du 25/09 au 05/10
De 14h à 18h
Vernissage le 25/10 à 18h
Finissage le 5/10 à 18h
Gratuit
20 Quai de Willebroeck
1000 Bruxelles
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